Mon passé irsascible

Le quizz Watrin

Le colis d’Émilie Dequenne

Watrin, un passé honteux ... Sauf pour lui !

Point de vie, histoire d'immonde

L'an 1959, au vingtième siècle. L'action commence à Ixelles, à quelques pas du siège de la radio et de la télévision belges, dans un établissement prémonitoirement appelé "La charité maternelle". La Belgique vient de subir un des étés les plus chauds de son histoire. L'automne bat son plein. Tout le monde a le sourire aux lèvres. Hélas, plus pour longtemps…

Dominique Watrin naît officiellement le 27 octobre 1959 et ça ne fait rire personne. Son destin est, dès lors, directement tracé : il sera humoriste triste. Tout le monde (et, particulièrement les amies de sa mère) lui trouve un regard intelligent et gentil. Il prend une résolution immédiate : il sera humoriste bête et méchant.

Dès le départ, la vie de Dominique Watrin est donc toute entière placée sous le signe de la contradiction. Une autre preuve ? Né exactement le 28 octobre à minuit et cinq minutes, il est enregistré le 27 octobre et cette manœuvre de vieillissement qui intervient à un moment où le temps lui paraît déjà si court quand il ne fait rien, provoque, chez lui, une profonde amertume.

Quoi qu'il en soit, Dominique Watrin est donc scorpion ascendant lion, personnalité astrologique dont il est très fier puisqu'il a la longue queue, d'un côté, et la crinière, de l'autre (cette dernière étant, hélas, aujourd'hui, réduite à sa plus simple expression; la première, par contre… mais on s'égare…). Les astrologues chinois, en revanche, le rangent parmi les cochons, classification qu'il préfère dissimuler, en société, derrière un "girafe, ascendant chauve-souris" plus conforme à sa morphologie.

Le premier surnom dont ses proches affublent Dominique Watrin est "Mimi". Le trouvant niais, il mettra tout en œuvre pour lui y substituer d'autres comme "grincheux", "grognon", "connard" ou, tout simplement, "Watrin" qui, pour bon nombre de membres de son entourage, finit par représenter un résumé assez complet de toutes les injures qu'ils connaissent.

un parcours scolaire qui l'intéresse aussi peu que vous

Rapidement remarqué à l'école maternelle (après une apparition triomphale sur la rampe de l'escalier du troisième étage, pendant une récréation, qui lui vaut une belle claque mais pas de rappels), Dominique Watrin préfère retarder son entrée en scolarité et en spectacle à l'école primaire.

Après des études primaires linéaires subies dans trois établissements différents (pour cause d'itinérance, pas d'asociabilité), il suit un enseignement secondaire en langues anciennes, en se disant qu'avec des langues qui ne sont plus parlées, on a moins de chances de se faire tout le temps corriger son accent. Et son plan fonctionne à merveille puisqu'il s'en tire avec les honneurs, ne parvenant cependant pas encore à quitter un certain anonymat qui lui pèse.

Grisé par son succès, il choisit de se tourner vers l'alcool et il prend place sur les bancs d'une université où il s'initie aux exigences d'un des plus beaux métiers de buveur : le journalisme. C'est ainsi qu'il poursuit une brillante carrière universitaire nocturne (moins brillante, la journée, mais, sur le plan pratique, n'est-il pas plus utile de briller la nuit ?). Nanti de différents diplômes qu'il range précipitamment dans son grenier, il enchaîne immédiatement en entamant une carrière sérieuse qui le verra effectuer des petits boulots alimentaires comme enseignant ou journaliste de terrain pour différents quotidiens et magazines.

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De tiers trio à demin duo

C'est en 1986, au coin du bar d'une maison de jeunes de Charleroi que Dominique Watrin rencontre son compère Pierre Mathues avec lequel il fonde Les Speculoos. Un premier spectacle en trio (un troisième larron, Jacques Bouvy les a rejoints) naît rapidement; il s'appelle "La couscoussière n'était plus sur la table du salon" (1986). Dans l'enchaînement, un second opus au titre tout aussi inspiré voit le jour; c'est "Massacre à la pompe à gueuze" (1988).

Lassé du succès (qui ne vient pas et n'est, de toute façon pas attendu), Dominique Watrin s'octroie une pause artistique et part au Cameroun exercer une fonction diplomatique pour une agence des Nations-Unies. C'est là-bas qu'il commet ses premiers écrits de longue haleine : "Le festin des loups" (inédit) en 1989 et, en 1990, "Un ascenseur qui vous veut du bien" (publié en feuilleton dans "La Nouvelle Gazette" en 1991). Mais la vie est trop belle dans ces contrées luxuriantes et, après une courte période de pré-retraite oisive, il revient au pays et aux affaires artistiques.

Dès son retour, il contacte ses compères des Speculoos et l'aventure reprend avec leur troisième spectacle, "Salade de Navets" (1992). Se sentant pousser des ailes, le trio choisit ce moment pour s'inviter au Festival Off d'Avignon (1992) où il reçoit un accueil qui dépasse ses espoirs les moins raisonnables. Les représentations s'enchaînent à travers toute la Belgique et Les Speculoos se voient même attribuer le Prix du Public lors du très relevé Festival du Rire de Bierges (1994).

Enfin, l'envol pour le trio ? Non, car un insoutenable coup du sort survient. Appelé par un nouveau destin professionnel et nuptial, Jacques Bouvy prend ses distances et le trio devient duo. Tout est à refaire. Après l'intermède d'un spectacle de marionnettes ("Qui a volé le marsupulami ?", en 1994) réalisé pour le Centre de la Chanson de la Communauté française dirigé, à l'époque, par Paul Louka, le tandem rassemble son énergie dans un quatrième spectacle : "Les Speculoos sortent de leur réserve" (1995). Et le tour des scènes de Belgique et de France reprend. Plusieurs dizaines de représentations, des Grands Prix et Prix du Public au Festival du Rire de Purnode (1996), une nouvelle escapade au Festival Off d'Avignon (1999) mais surtout, entre-temps, deux expériences marquantes : l'enregistrement d'un CD musical de trois titres (1996) dont Dominique Watrin a écrit les paroles (avec un clip à la télé) et les rôles phares dans une campagne de sensibilisation au tri des déchets (cinq clips télé et autant en radio) où, quoi qu'en dise la rumeur, les deux compères ne jouent pas le rôle des déchets.

Mais la carrière agitée des Speculoos n'éloigne pas complètement Dominique Watrin de l'écriture. Après la rencontre fortuite avec l'humoriste Elliot, il lui confectionne des séquences pour l'émission "La Classe" qui fait alors les beaux jours de la chaîne télévisée France 3. De cette union entre un disjoncté explosif et un désespéré acariâtre naissent quelques moments de délire qui prendront une place de choix dans le répertoire d'Elliot. De plus en plus à l'aise dans l'écriture où sa plume acide fait des ravages, Dominique Watrin redouble d'énergie et produit un redoutable "Chôme toujours, tu m'intéresses !", abécédaire immonde passant en revue les stéréotypes qui empoisonnent la vie du chômeur. Le propos séduit Emile Lansman, respecté éditeur de théâtre, qui prend le risque de le publier (1997). Quatre ans plus tard, Dominique Watrin récidive dans le propos grinçant avec "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles !", un recueil de nouvelles surréalistes qui décortiquent le monde des médias (2001).

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Le spectacle malgré lui

Côté scène, Dominique Watrin qui sent que Les Speculoos commencent à avoir leur avenir derrière eux est rattrapé une nouvelle fois, par le destin. Bernard Suin (Ziré, de son nom de scène) qui vient de racheter le Théâtre Poche à Charleroi caresse le rêve d'y proposer une revue hebdomadaire de l'actualité écoulée. Watrin pour qui faire rire en disant du mal est une seconde nature, accroche et devient un des piliers de ce qui devient "Les Lundis du Poche". De décembre 2000 à décembre 2003, il incarne le méchant dans une joyeuse bande de déconneurs de l'info. Une bande qui voit sa notoriété croître, entre janvier et juin 2003, période durant laquelle Radio Contact choisit de relayer, sur ses ondes nationales, les meilleurs moments des Lundis du Poche, sous le titre de "Drôles d'Affaires".

Et l'expérience fait des petits. En septembre 2002, au Centre Culturel La Vénerie de Watermael-Boitsfort naissent, selon le même principe, les mensuelles "Nouvelles de l'Espace". Le succès y est identique. Tout comme au Centre Culturel de Chapelle-lez-Herlaimont qui propose des bimestriels "Vendredis insolents". Et la formule continue à s'exporter à Huy, Dinant, Uccle, Arlon… Avec, toujours, Dominique Watrin dans le rôle du détestable rabat-joie dont les gens attendent impatiemment les coups de gueule dérisoires et déplacés.

C'est ce succès de chroniqueur qui persuade Dominique Watrin de bâtir son premier spectacle seul en scène. "J'aime pas les fêtes !" est un condensé des états d'âme d'un incorrigible renfrogné, dégoûté par les obligations festives du calendrier. En livre, cela devient "Méchanceté chronique" (2004), recueil des plus féroces et désopilants coups de gueule de Dominique Watrin.

En 2005, grâce à (ou "à cause de", c’est selon) cette même férocité, Dominique Watrin est sollicité pour incarner un avocat de l’accusation vindicatif dans "Impro Justitia", un spectacle collectif produit par la Communauté française. L’intéressé ne se prive pas d’y figurer aux côtés d’une brochette d’humoristes et comédiens improbablement réunis dans une parodie de procès de la langue française qui fait le tour des centres culturels de Wallonie et de Bruxelles.

Parallèlement, retitillé (décemment) par son pote Elliot, Dominique Watrin s’associe à la création du nouveau spectacle de celui-ci. C’est ainsi qu’en décembre 2005, naît "Elliot on ice", délire burlesque et verbal dans lequel l’irascible impassible rôde même, entre ombre et lumière, dans le sillage de l’explosif déjanté.

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Son mauvais esprit fait tache d'huile

Sur le plan de l’écriture, l’esprit Watrin poursuit sa route dévastatrice et investit un nouveau terrain de chasse : le livre pour enfants. Renforcé dans son projet par la collaboration avec le talentueux illustrateur Philippe de Kemmeter, Dominique Watrin commet un surprenant "Ils furent heureux…" (2006), plaidoyer drôle et caustique contre le bonheur formaté. Les (pourtant) très respectables Editions du Seuil Jeunesse sont séduites par l’originalité, l’humour et la pertinence du propos et publient ce conte peu recommandable qui atterrit comme un ovni dans le petit monde de la littérature enfantine.

Après quelques détours par la case radio, avec notamment un billet hebdomadaire sur VivaCité (RTBF) ainsi que des apparitions ponctuelles remarquées dans "Le jeu des Dictionnaires" (RTBF) et "Votez pour moi" (Bel RTL), en septembre 2009, Dominique Watrin accouche (sans péridurale) d’un deuxième spectacle solo baptisé "Enfin quelqu’un !" par son heureux papa. C’est l’occasion pour lui de se glisser dans la peau d’un artiste mégalomane et raté dont il continue à affirmer qu’il n’a rien à voir avec lui. Le croira qui veut !

Et il persévère puisqu’en 2010, après avoir agrémenté de sa sinistre présence "Le Belge Comme Eddy Show", l’éphémère nouvelle émission d’humour de la RTBF produite par François Pirette, il publie son deuxième livre pour enfants, "Bill Chocottes, le héros qui avait peur", aux Éditions Les 400 Coups à Montréal. Accompagné par la très créative illustratrice canadienne Élisabeth Eudes-Pascal, il y aborde frontalement la question des préjugés en présentant un peu courageux héros gentil à la tête de méchant aux prises avec un peu reluisant méchant à la tête de gentil. D’aucuns crieront encore certainement à l’autobiographie. Double autobiographie, même !

En 2011, il profite de la crise politique belge pour semer la zizanie comme il aime le faire, en publiant un très sulfureux « Mijn vader is groot OU Comment je suis devenu un con qui ne parle pas le néerlandais ». En 185 pages, il y égrène ses souvenirs de cours de néerlandais, naviguant entre anecdotes cocasses et mésaventures hilarantes pour tenter d’expliquer, dans un portrait qu’il annonce sans concession, pourquoi les francophones et lui sont si peu (et pas du tout, dans son cas) bilingues. Le jour où une guerre civile éclatera dans le pays, il pourra dire : « C’est un peu grâce à moi ! ». Et il le dira !

En 2012, il reprend du service sur les ondes radios de la RTBF et y devient la fidèle « grosse voix » des deux émissions d’humour phares de la chaîne (« On n’est pas rentré » sur la Première et « Les Enfants de Choeur » sur VivaCité), tout en gratifiant le journal « L’Écho » d’une perfide chronique mensuelle « Dominique Watrin règle ses comptes ».  Le gratin de tous ces délires débouchera, au moment des fêtes, sur la sortie en librairie du bien nommé livre « Grand, Biesse et Méchant » qui passe l’année 2012 au tamis de son filtre très personnel.  Au cours de la même année, il affronte aussi la plus grande salle de sa carrière, en rejoignant l’humoriste Bert Kruismans qui fête la centième représentation de son spectacle sur la scène du Cirque Royal de Bruxelles, en compagnie du gratin des humoristes francophones belges.

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Un grand écart (de conduite)

En 2014, Dominique Watrin opère le plus grand écart de sa carrière, sans effectuer le moindre exercice physique, ce qui le comble. Il publie, en effet, tout d’abord aux Éditions de la Tulipe son troisième livre pour enfants intitulé « Que fait Bébé dans le ventre de Maman ? » qui lui permet d’affronter un nouveau défi : faire rire les tout jeunes enfants autour du mystère de la naissance. Une plongée dans un petit monde espiègle matérialisé par les traits vifs et les couleurs lumineuses d’Astrid Genette ! Quelques mois plus tard, c’est vers la France que se pointe sa plume qu’il retrempe dans l’acide pour un très cinglant « Mieux vaut être belge et complexé que français et déprimé » paru à la Renaissance du Livre. Un inventaire des plus grands désenchantés de France auquel il adresse un appel solennel : venez en Belgique ! Un coup de projecteur croisé très actuel sur les désamours des Français et des Belges pour leur propre pays… sous forme d’un formidable coup de cymbales entre lesquelles il n’a pas eu peur de glisser ses propres doigts.

Pour le séducteur-(mort-)né qu’est Dominique Watrin, l’année 2015 est celle de l’ode à la féminité qu’il matérialise par un livre consacré à celle qui est désormais son personnage emblématique : sa voisine Fernande. Dans « Ma voisine Fernande et moi » (Renaissance du Livre), il égrène ses démêlés burlesques avec ce personnage pittoresque, synthèse d’une Belgique populaire haute en couleur. Cet arrêt sur image (pieuse) ne l’empêche pas de continuer à nourrir les médias de ses billets tantôt farfelus, tantôt vitriolesques : en radio dans « Les Enfants de Chœur » (VivaCité), en presse écrite dans « Même Pas Peur », le nouveau journal satirique belge et en télévision dans « Les Wapirates de l’Infaux » (Notélé).

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